- Artiste Associé·e
- 14.01.2026
Ancien artiste associé de Nanterre-Amandiers et du Théâtre National de Bretagne, Théo Mercier vient d’être nommé artiste associé du BNM pour les trois prochaines années.
"Pour moi, être artiste associé, c’est se situer à un endroit de partage d’imaginaire, de savoir-faire, mais aussi de responsabilité. L’artiste associé est surtout un travailleur associé.”
L’artiste, plasticien et metteur en scène à la pratique protéiforme, s’intéresse aussi bien aux notions d’environnement que de mouvement. Son travail vient dire quelque chose d’une philosophie de la plasticité, en venant modeler ou rendre malléable, renverser et brouiller les frontières. Pratique, esthétique, technique : toutes sont comme mises dans un rouleau compresseur, redéfinies voire indéfinies.
Développant une pratique hybride, Théo Mercier se situe entre les arts plastiques et les arts vivants. Si l’artiste parle davantage d’une pratique que des pratiques, c’est parce que les disciplines représentent des vases communicants.
"J’entrevois la sculpture comme un metteur en scène et la mise en scène comme un sculpteur. La plupart du temps, j’aborde la question du mouvement en partant de la matière : depuis le carton, le latex, la pierre. Et à l’inverse, j’appréhende comme un chorégraphe les objets que je crée : il y a l’objet mais il y a aussi toute la danse du regard qui sera faite autour."
En dehors du white cube ou de la boîte noire, il est davantage question de création d’un autre espace, celui de l’entre-deux. C’est en cela que l’artiste appelle à de nouveaux rituels, au-delà des salles de théâtres ou des galeries, dans des halles et des parkings où des “biotopes” deviennent des paysages habités. Skinless, sa dernière création, est installation et performance : elle réunit le public autour d’une centaine de tonnes d’ordures compressées sur laquelle performent plusieurs artistes.

L’esthétique de Théo Mercier, hybride aussi, pourrait être comparée à une horloge folle, sans règle ni loi, dont les cadrans viendraient confronter des pôles inversés.
"Une grande partie de mon travail est un jeu d’inversion des pôles. De venir mettre en lumière ce qui est habituellement relégué à l’ombre, ou encore de venir mettre la périphérie au centre. Travailler autour de ces dynamiques d’attraction et de répulsion, c’est aussi essayer un travail de réconciliation."
L’antique et le contemporain, l’ordinaire et l’extraordinaire, le savant et le populaire, temps archaïques -connus ou fantasmés- et temps prospectifs s’associent dans ses œuvres pour mettre à niveau ces dualités. Dans une sorte de mise en commun sensuelle, on retrouve l’harmonie des contraires où les distinctions ne font plus sens. Ainsi se rencontrent opéra et moto dans Radio Vinci Park ; statue, shibari et machine à laver dans Bad Timing.

"Je crois qu’il y a peut-être une quête d’horizontalité de la valeur qu’on porte aux choses. Niveler : le précieux, le rare et le rebut, le populaire et l’exclusif, le trivial et l’élitisme."

Les techniques de production de Théo Mercier lancent elles aussi le défi d’une réinvention, à l’image du titre d’une de ses premières performances : "du futur faisons table rase". Depuis quelques années, ses projets bouleversent l’écosystème économique classique pour développer une production située en utilisant des techniques d’emprunt.
"Pour moi, les coulisses du travail sont aussi importantes que ce qu’on verra
sur socle ou sur scène. Avec mon équipe, lorsqu’on est invités à faire un projet sur le sable, on vient juste emprunter le sable, puis il repart à la carrière. En fait, on assiste à un moment donné de la matière. Nous, on vient juste interrompre le flux des choses, hacker le système existant et la valse habituelle des choses. L’interrompre. La regarder. Et la laisser faire son chemin."

Ainsi, chez Théo Mercier, la plasticité accède au rang de philosophie, convoquant métamorphose, hybridation, ou peut-être capacité à se donner sa propre forme. Pratiques, esthétiques et techniques sont alors comme des corps plastiques avec lesquels Théo Mercier aime jouer.
En collaborant avec le BNM, Théo Mercier aura l’occasion de développer une
exposition habitée qui existera sous plusieurs chapitres, dont les premières devraient avoir lieu en 2027, à Paris et à Marseille.