- Pièce chorégraphique
- Publication
- 02.07.2026
Le festival de danse de Montpellier, dirigé pour la première fois depuis plus de quarante ans par une nouvelle équipe, mettait à l'honneur le collectif (LA)HORDE, qui a rencontré un immense succès populaire.
« La salle de l’Opéra Berlioz Corum compte 2 000 places et nous avons affiché complet en une semaine », explique Dominique Hervieu, ancienne directrice de la Biennale de Lyon, qui avait présenté (La)Horde à Lyon en 2018. « C’est quelque chose qui arrive rarement. »
Lors de la première représentation d’« Après moi, le déluge », le phénomène (La)Horde était pleinement visible : le public était majoritairement jeune et l’atmosphère particulièrement enthousiaste

« Après moi, le déluge » s’ouvre sur le son d’applaudissements. Douze danseurs, tournant le dos au public et aperçus à travers un voile de tulle, saluent à plusieurs reprises un public visible sur un écran.
Une musique évoquant Philip Glass, composée par Pierre Aviat, s’élève peut-être un clin d’œil à la dernière partie de la précédente création de (La)Horde, « Age of Content ». D’autres références à cette œuvre apparaissent lorsque les danseurs, vêtus de jeans, de shorts et de tee-shirts, se lancent dans une danse intense faite de pas martelés d’un côté à l’autre sur une musique percussive. Les lignes du groupe se fragmentent en formations plus petites, ponctuées par moments d’arrêts brusques et saccadés.

(La)Horde convoque ici l’idée de tribalité. Les danseurs sont à la fois participants à un rituel et raveurs, évoluant sur une ligne de crête entre la joie et la colère, la célébration et la rébellion. Ils se dispersent puis se rassemblent dans une étreinte compacte, les bras projetés vers le ciel, tandis que la musique pulse et que l’adrénaline monte.
Puis le plateau s’incline, révélant une immense crevasse en son centre. Les danseurs y disparaissent avant d’en surgir et d’y replonger, formant des pyramides humaines. Leurs visages aux sourires frénétiques sont filmés et projetés sur un écran : des automates confrontés à l’apocalypse.

Dans une deuxième partie, trois figures, apparemment âgées et nues, sont assises dans un vaste bassin d’où s’élève de la vapeur. Un corps, le visage entièrement recouvert par ses cheveux, est extrait de l’eau, étendu sur le rebord, hissé, soulevé puis laissé retomber. Deux figures évoquant des prêtres, vêtues de longues robes blanches et portant les cheveux jusqu’aux genoux, entrent en scène. Elles tournent autour du corps, le manipulent, tout en lançant leur tête en arrière et en dessinant de grands arcs avec leurs jambes, dans une synchronisation parfaite. Les murs se teintent de rouge, la musique laisse place à un orgue omniprésent ; l’atmosphère rappelle celle d’un film d’horreur japonais.

Le corps finit par revenir à la vie et se met à danser de façon frénétique sur une adaptation de « Chop Suey! » de System of a Down (« Wake up (wake up) / Grab a brush and put a little makeup »). Le plateau incliné redescend et les danseurs réapparaissent. Comme dans la première partie, le vocabulaire chorégraphique du final mêle danses de rue, danses de club et mouvements devenus viraux. Il n’est pas particulièrement sophistiqué.
Mais la manière dont (La)Horde utilise l’espace est magistrale. Les danseurs font naître et disparaître sans cesse des formations qui se multiplient puis se dissolvent, à partir de pas très simples, ponctuellement enrichis de nouvelles nuances rythmiques. Cela évoque le minimalisme fascinant de Lucinda Childs tout en suggérant à la fois un concert de rock, une marche de protestation et une danse au bord de la fin du monde.

Dans un tableau final, d’étranges créatures hybrides, dotées de pattes et de queues d’éléphant, apparaissent sur scène un effet du changement climatique ? Peut-être s’agit-il de la fin du monde. Ou peut-être est-ce une référence à « Elephant » de Gus Van Sant, l’une des nombreuses allusions cinématographiques qui traversent l’œuvre.
« Après moi, le déluge » est une pièce à la fois déroutante et fascinante. Je continue d’ailleurs à repenser à cette scène « japonaise », sans doute un peu trop longue. Mais le spectacle est aussi, tout simplement, extrêmement captivant. Une danse contemporaine d’une telle ampleur et d’une telle théâtralité est devenue rarissime, et l’alliance entre son pouvoir d’attraction auprès d’un large public et son ambition expérimentale est remarquable. C’est une entrée en matière exceptionnelle pour la nouvelle ère du Festival de danse de Montpellier.
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