« House of Eternity » est un site d’extraction fictionnel, sculpté à partir de 250 tonnes de sable et d’eau en provenance d’Arabie saoudite. Réuni sous cette forme éphémère à l’occasion de la Biennale d’art contemporain de Diriyah 2026, le sable y tient le rôle principal de ce que l’artiste nomme ici une « soil fiction ». Il est la ressource, l’allégorie d’un monde en métamorphose et le moteur d’une économie circulaire fondée sur l’emprunt de matière, que Théo Mercier développe depuis 2021.
Dans l’espace de la galerie, quatre monolithes sculptés et encerclés de passerelles aux allures archéologiques offrent aux visiteurs l’expérience d’une histoire illogique du temps. Les découvrir revient à étudier la théorie de l’évolution à l’envers, comprendre la beauté et le glitch qui s’insinuent dans la filiation de tous les fossiles vivants, archaïques et industriels.
Comment l’ammonite est-elle devenue le coquillage, l’oreille, l’hélice, le ventilateur et la roue vivante qui met la terre en perpétuelle transformation ? Ce territoire ambigu, dont l’apparence instable oscille constamment entre un data center, une usine, un bunker et un palais de la mémoire, n’est rien de moins qu’une machine respirante conçue pour démanteler le temps linéaire. À l’idée selon laquelle il semble plus facile d’imaginer la fin du capitalisme que la fin du monde, Théo Mercier oppose un scénario d’anticipation où ruinisme et capitalisme auraient fusionnés dans la matière d’une terre profonde, un habitat en veille devenu habitable par de nouvelles formes de vie.
Avec “House of Eternity”, on assiste à un état cristallisé d’une mémoire des formes en ébullition. Cette mémoire vive prend la forme d’un parcours de SF dans une ambiguïté qu’elle partage avec le data center, l’usine ou le site archéologique. Le sable de cette “soil fiction” prend alors une dimension nouvelle : particule élémentaire et mémoire cellulaire du monde, le grain est ici l’unité de toute chose. Il est l’atome, le bit, le pixel, le code d’une matrice dont la mémoire se forme et se déforme éternellement.