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Voilà un spectacle assuré de recueillir un large et franc succès. Tous les éléments y sont réunis pour séduire : l'inventivité, la virtuosité, la beauté de la chorégraphie, l'admirable savoir-faire des danseurs, l'étrangeté d'une scénographie volante comme l'enchantement des images projetées et des effets lumineux. Toutes choses qui concourent à la vivacité d'une mise en scène toujours en mouvement, inspirée des « Métamorphoses » d'Ovide, pour entrer, selon l'auteur, « en résonance, singulière avec notre époque obsédée par le mythe d'un perpétuel changemen».
Après s'être choisi pour scénographes, et avec des bonheurs divers, des architectes renommés comme Diller + Scofidio, Thom Mayne, Jean Nouvel, Zaha Hadid ou Dominique Perrault, Frédéric Flamand, auteur de ces « Métamorphoses » chorégraphiées en étroite collaboration avec les danseurs du Ballet de Marseille, a cette fois jeté son dévolu sur les designers Humberto el Fernando Campana dont c'est la première expérience scénique. Ils ont conçu un univers aérien de mobiles aux formes diverses dont jouent les danseurs, et des costumes parfois d'une grande theâtralité, à partir de materiaux extrêmement courants. Là sont projetées des images belles et mouvantes de Fabiano Spano, ou I'apparition de la danseuse Makarova dans « la Mort du cygne » n'est pas la moindre surprise. Des images qui soulignent l'aller-retour entre la mythologie et le monde actuel et achèvent d'animer une scène livrée à une débauche de prouesses dansées. Souple, fluide, onctueuse ou brillamment virtuose, élégamment baroque quand se fait entendre la sonate « la Folha » de Corelli, la danse occupe l'espace avec générosité. Mais si les danseuses investissent le plateau avec une belle autorité, il faut reconnaître qu'ici ce sont les danseurs qui se taillent la part du lion. Solos diaboliques, trios éblouissants, ils font figure de demi-dieux. D'Acteon à Narcisse, de Phaeton à Persée, ce sont d'ailleurs des héros, des mythes qu'ils évoquent. Et ils le font avec une grâce et une fougue tout olympiennes.
Raphael de Gubernatis, le Nouvel Observateur - 10/01/08