On succombe vite à Herman Schmerman, court mais fulgurant pas de deux entre Julien Lestel transfiguré et sa complice Agnès Lascombes dans cette variation syncopée de William Forsythe traversée d'humour.
Patrick Merle - La Provence 30/03/07
Agnès Lascombes et Julien Lestel, avec une complicité rare - on pense à la fusion des danseurs de tango… - y sont les danseurs en plein travail, enchaînant moments de concentration intenses ponctués de décrochages irrésistiblement drôles, jusqu'à l'absurdité d'une jupette plissée. Douze minutes véritablement fascinantes, les pertes de contrôle et faux-pas très maîtrisés rehaussant la prodigieuse efficacité des séquences "sérieuses".
Denis Bonneville - La Marseillaise 30/03/07
Cette pièce bizarre, exubérante et décadente, dansée à la perfection par Agnès Lascombes et Julien Lestel, présente - sur le plateau nu éclairé de lumières rasantes - les danseurs au travail essayant de réaliser une sorte de tango, en hésitant entre des extensions indécises, des déhanchements grotesques, des élévations classiques, le tout ponctué de pertes d'équilibre et de chutes. La surprise provient d'un décrochage brutal, au cours de cette "répétition", à la suite d'un changement de costume inattendu : la danseuse, ayant quitté subitement le plateau, revient en jupette plissée jaune et noire. Le danseur fait de même, et ayant adopté le style d'Atala ou du bon sauvage, se met à imiter les piqués et les pirouettes fouettées de sa compagne, en lui tournant autour avec une grâce très féminine, ce qui provoque l'hilarité. La lumière décline. Les danseurs se rêvaient peut-être au jardin d'Eden !
Philippe Oualid - Danse 03/07
le Pas de deux n'est pas tant un duo d'amour qu'une symbolique compétition entre deux danseurs qui, alternant traditionnellement sur la scène avec leurs solos éblouissants, cherchent à épater le public plus que l'autre en le surpassant en virtuosité. Là, pourtant, pas de sauts vertigineux ni de fouettés interminables, on se trouve plutôt dans une phase d'échauffement. Avec beaucoup d'humour, Forsythe transpose d'abord le défi sur le costume : lorsque la danseuse (A. Lascombes) sort brusquement de scène pour enfiler une jupette plissée jaune vif, le danseur (J. Lestel), d'abord perplexe, en fait de même pour ne pas faire pâle figure, et revient l'air amusé et auto-satisfait, dont l'effet hilarant est assuré. Ainsi vêtu, torse presque nu sous la maille transparente et en kilt jaune, il ressemble à un Romain en pleins jeux du cirque ou à un de ces boxeurs en grand short flottant -gants en moins-, image qui se précise lorsqu'il se met à tourner autour de sa partenaire, pour la jauger, observer son " adversaire ". Tantôt ils s'attrapent, s'imitent, esquissent une variation, tantôt ils se lâchent, se reculent immobiles comme pour reprendre leur souffle sur le ring, mais tout ceci dans une ambiance drôle et décontractée. Ce match de boxe ébauché n'oublie néanmoins rien des conventions du Pas de deux : après l'effort, la réconciliation ; tout finit par une pirouette, au sens littéral, puisque c'est la figure finale hyper-classique de la ballerine tournoyante, suspendue par la main au-dessus de sa tête par son partenaire derrière elle. Mais ici, l'image est encore décalée, puisqu'elle tourne au ralenti jusqu'à l'extinction des feux, comme dans une boîte à musique que l'on referme avec nostalgie.
Nelly Rajaonarivelo - La Revue Marseillaise du Théâtre 04/07
Douze minutes d'une jubilatoire mise en abîme, fabuleusement interprétée, avec une complicité rare (et le sourire), par les deux solistes. Un ton badin, parfois même circassien, qui ne cache pas l'étonnante performance, fruit d'une technique impressionnante.
Denis Bonneville, La Marseillaise - 05/08