Ce ballet inventif, raffiné, plein d'énergie, se donne sur l'admirable concerto en sol de Maurice Ravel composé en 1930 dans l'esprit de Mozart et de St-Saens avec quelques effets empruntés au jazz ou à Gershwin. Devant une toile d'Erté (…) les danseurs affublés de seyants débardeurs rayés multicolores, évoluent en grands ensembles selon des lignes qui se font et se défont (…). Le premier mouvement sur un rythme vif et alerte de branle, donne lieu à des gambades exubérants, des entrées et sorties en petites foulée pour les garçons, des arabesques, des grands jetés et des pirouettes charmantes, une étonnante gymnastique d'indépendance des bras sur les arpèges du piano tandis que deux trios s'exécutent à la perfection autour de Cinthia Labaronne (…). Retenons encore pêle-mêle une très belle diagonale de piqués sur pointes de la soliste, le cocasse effet Coppélia avec les danseuses soulevées comme des poupées immobiles et la performance délicate de Gilles Porte digne à la fois d'Apollon Musagète et d'un maître de ballet surveillant sa classe de danse. Le pas de deux de l'adagio entre ce dernier et Cinthia Labaronne en collants blancs, avec ses glissades, ses portés audacieux, ses gymnopédies dignes de Satie confondues dans la solennité un peu contrainte d'un hommage à Mozart avec des élans amoureux, suscite une intense émotion et une chaleureuse ovation du public. Enfin, le presto final qui entraîne les garçons dans un fol entrain d'une galopade fantasque ou les tours en l'air d'un manège endiablé nous font regretter que les créations de ce génial chorégraphe du NYCB soient si peu présentes sur les scènes européennes.
Philippe Oualid - Danse 10/06