« Réalité ou apparence trompeuse ? Confusion des sens, action ou agitation, immobilité ou immobilisme ? Comment se situer dans la juxtaposition des dimensions horizontale et verticale de la temporalité, comment y inscrire le corps ?
Être artiste, en tout cas tel que je le conçois, c’est rester un observateur attentif et privilégié du monde et des évolutions de la société. Pour le meilleur et pour le pire. Il suffit par exemple de s’arrêter deux minutes dans la rue pour constater à quel point il est devenu quasiment impossible de s’immobiliser dans une société devenue dépendante, accro à la vitesse et au changement : mouvement perpétuel, flot incessant des communications et des informations, satisfaction instantanée des désirs, déplacements toujours plus rapides, machines aux débits sans cesse croissants, ... Vertiges.
Avec des interprètes exclusivement masculins, et parce que je conçois mon écriture chorégraphique comme une circulation d’énergie traversant un corps et que l’on cherche à maîtriser en régulant son flux, j’ai choisi d’explorer cette notion de mouvement perpétuel imposée par le groupe, en m’appuyant sur la Partita n°2 de J-S. Bach, alliance idéale et résolument moderne d’une spiritualité exacerbée et d’une mathématique implacable. Métaphore de la fuite en avant, du temps qui passe, de l’urgence, l’horizontalité des mouvements et des déplacements incessants vient en opposition à la verticalité d’une scénographie qui semble avoir été comme figée dans le temps, suspendue l’espace d’une seconde. Le flux incessant qui se déploie sur scène est ponctué de suspensions du temps, d’arrêts poétiques, de ces
instants verticaux d’apparente immobilité où l’on essaie de se trouver et de se situer dans le flot d’informations, d’images. Immobilité ? »
Eric Oberdorff