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« Au départ une commande : travailler à partir d’un vocabulaire classique et utiliser la pointe. Pour moi une gageure que d’avoir à retraverser cette technique, à accepter d’en remettre en jeu la forme très spécifique de virtuosité sans faire de concessions quant aux qualités de mouvements et de présences que je défends, et ce malgré cette tension verticale que génèrent inévitablement la pointe et l’entraînement quotidien lié à cette pratique. C’est à une danse classique « historique » que j’ai eu envie de me référer, celle des ballets blancs et des chaussons « à bouts renforcés » : la pointe comme image poétique plus qu’outillage chorégraphique démultipliant des possibilités techniques. « La folie de Giselle », court solo à la fin du premier acte du ballet et unique survivance d’une tradition pantomimique oubliée, porte en lui tous les fantômes et les fantasmes du ballet romantique en même temps que les contradictions d’un art tiraillé entre le dérisoire d’une imagerie désuète et la quête sans cesse renouvelée d’une absolue perfection. À la mécanique désincarnée des corps, Giselle relie les sentiments les plus exacerbés de la nature humaine. Dominée et rendue folle par sa passion amoureuse, elle est condamnée à devenir cette figure féminine fantomatique et séductrice, qui hante l’imaginaire masculin du 19e siècle (et au delà…) à l’aube de la découverte de l’inconscient et de la psychanalyse. Une « hystérique », telle que Charcot est précisément en train de l’inventer. Théorie de guerrières à la pointe acérée ou apparition ectoplasmique en nuage vaporeux de tulles, les Willis oscillent sur le fragile appui de leurs « chaussons de satin pâle vertigineux »*. À l’improbable point de convergence entre abstraction géométrique et fantasme sexuel, elles incarnent à merveille cette face gothique du romantisme que ne renieraient pas nos adolescents d’aujourd’hui et qui basculera bientôt vers un symbolisme autrement obscur, celui d’un Odilon Redon, d’un Huysmans ou d’un Félicien Rops. Cette esthétique de fin de siècle en quête de sens peut aussi faire écho à certaines de nos formes contemporaines de représentation tentées par un retour au fictionnel, aux mythes, aux rites et au mystère. » Olivia Grandville

Ce spectacle est dédié à Marie-Eve Edelstein, disparue en Janvier 2010.

*Stéphane Mallarmé « Ecrits sur la danse »

C’est superbement dansé, drôle, foisonnant, inventif ... un vrai bonheur. Jean Barak, La Marseillaise

CI-GISELLES

Création le 7 avril 2010 au CND à Pantin par le BNM
Entrée au répertoire du BNM le 7 avril 2010
CHORÉGRAPHES INVITÉS
  • Olivia GRANDVILLE
  • Née en 1964, Olivia Grandville se forme à l’École de danse de l’Opéra national de Paris. En 1989 elle rejoint la compagnie Bagouet. Passionnée par la dimension polysémique de la danse et par les (...)
 
GÉNÉRIQUE
Création sonore : Olivier Renouf
extraits musicaux : Antonio Vivaldi, Henry Cowell, Salvatore Sciarrino, Francis Poulenc, George Crumb, Domenico Scarlatti, PJ Harvey
Lumières : Yves Godin
Costumes : Olivia GRANDVILLE, Aurélia LYON, Nicole MURRU
durée : 30 mn